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Développer les soft skills dans les formations d’ingénieurs : pourquoi et comment ?

Séminaire ParisTech du 16 juin 2021

Les Soft skills (ou compétences comportementales) sont de plus en plus attendues par les employeurs à l’égard des diplômés de grandes écoles d’ingénieurs, et leur enseignement se développe actuellement de manière exponentielle. Que recoupent-elles précisément ? Comment les développer ? Que ce soit par les stages, la gestion de projets en groupes, la vie étudiante et ses engagements, les soft skills sont déployées de manière transdisciplinaire dans les écoles de ParisTech.

La Commission Enseignement a souhaité organiser un séminaire dédié aux « soft skills », ces compétences comportementales qui font d’ores et déjà partie de la formation des ingénieurs, mais de manière encore inégalement développée et consciente en fonction des établissements à l’heure actuelle. Le séminaire était une opportunité de convoquer des experts extérieurs et de partager les bonnes pratiques au sein de la communauté ParisTech.

Le séminaire, ouvert par Gilles Trystram, directeur général d’AgroParisTech et président de la Commission Enseignement ParisTech, a été organisé sous la houlette de Marie-Ségolène Naudin, déléguée enseignement de ParisTech, par Samantha Pagliaro (AgroParisTech), Catherine O’Quigley (AgroParisTech), Denis Matheis (Arts et Métiers, campus de Metz), Gilles Jeannot (Ecole des Ponts ParisTech) et Nathalie Westbrook (Institut d’Optique), qui ont respectivement pris en charge l’animation des groupes de travail menés durant l’après-midi. Au vu de la situation sanitaire, le séminaire a été organisé en ligne, ce qui a permis à des personnels des différents campus en région des écoles de participer.

 

Trois grands témoins ont d’abord apporté leur expertise théorique et pratique des soft skills. Yves Richez, sémiologue et président de TalentReveal, docteur en sémiologie, a commencé le séminaire en posant le cadre théorique de la définition des soft skills dans le rôle des élèves et diplômés ingénieurs. Faisant appel à des auteurs aussi illustres que l’économiste Adam Smith ou l’anthropologue Lévi-Strauss, il a dessiné les contours de ces compétences si recherchées par les entreprises : lucidité et discernement, empathie, débrouillardise et flexibilité, communication, engagement, habileté, observation, apaisement, exemplarité, humilité, capacité à travailler en équipe etc. Il a ainsi tenté d’ « objectiver des modes opératoires naturels qui, lorsqu’ils sont entraînés, deviennent des compétences » et de définir ces compétences qui doivent tenir compte des variables, tandis que les sciences exactes « combattent la variable », tout en expliquant que compétences techniques et soft skills ne peuvent être « détressées ».

Jean-Marc Meunier, maître de conférences à l’Université Paris 8 et co-responsable du projet « Penser, s’Etonner, Problématiser et Evaluer », a présenté le dispositif mis en place pour former les étudiants de licence – en l’occurrence de psychologie – à une pensée scientifique. Les enseignants ont en effet choisi de ne pas délivrer un cours magistral, mais d’amener les étudiants à fouiller une base de données et à l’utiliser comme lieu d’exercice de la pensée scientifique. Ils développent ainsi des compétences transversales et transférables dans différents domaines.

Enfin, Laure Bertrand, Directrice Soft skills, Développement durable, Carrières du Pôle Léonard de Vinci, a fait un retour d’expérience sur les programmes de soft skills au sein du Pôle qui réunit à la fois une école de management, une école d’ingénieur (ESILV) et une école du numérique. La Direction Soft skills, créée en 2015, est transversale aux trois écoles et les formations organisées rassemblent des étudiants issus des trois établissements. Le Pôle a en effet fait des soft skills un axe fort de sa pédagogie. L. Bertrand a ainsi présenté les objectifs de la direction, les compétences prioritaires qui sont travaillées avec les étudiants et les modalités de formation, ainsi que les points de vigilance et les facteurs clés du succès d’un tel dispositif.

Quatre écoles ont ensuite partagé leur expérience en présentant la manière dont elles valorisent les soft skills dans une activité en particulier.

Julien Villemejane, professeur agrégé à l’Institut d’Optique Graduate School, a ainsi présenté les projets expérimentaux disciplinaires qui combinent en 1ere et 2e année l’acquisition de compétences techniques, la pratique de la gestion de projet (travail en équipe, communication, gestion de la relation client etc.).

Martine Morel, intervenante département SHS à l’Ecole des Ponts ParisTech, a présenté le REX 3A, c’est-à-dire le retour d’expérience du stage long entre 2e et 3e année. Cette séquence de 3 jours en début de 3e année donne l’opportunité aux élèves de revenir sur leur expérience, de la partager avec leurs camarades et de réfléchir sur ce qu’ils peuvent en tirer. Ils analysent les comportements en situation professionnelle, le contexte socio-organisationnel, les situations relationnelles difficiles. L’objectif est de faire évoluer la dynamique professionnelle de l’élève à partir du bilan de son expérience. Les élèves travaillent en équipe, utilisent la vidéo et sont accompagnés par des intervenants expérimentés en accompagnement des équipes et des organisations. Les élèves jouent un rôle différent suivant les situations professionnelles sur lesquelles ils travaillent (narrateur, animateur, gardien du temps…). Au-delà de l’expérience professionnelle acquise en stage, les élèves développent ainsi leur capacité à s’exprimer et à travailler dans un groupe, ainsi qu’à se situer dans une organisation, voire un environnement multiculturel. Les écueils rencontrés sont transformés en apprentissage « soft skills ».

Samantha Pagliaro, responsable en ingénierie pédagogique et responsable du dispositif de l’engagement étudiant à AgroParisTech, a présenté l’engagement étudiant dont la reconnaissance et la validation ont été rendus obligatoires par la loi Egalité et citoyenneté du 27 janvier 2017.  AgroParisTech a dans ce sens mis en place un dispositif de reconnaissance des activités associatives avec une liste établie par l’école. L’engagement est inscrit au supplément de diplôme. Un engagement individuel peut aussi être validé à la demande d’un étudiant : il fait alors l’objet d’une instruction poussée par les instances de l’école. Ce dispositif autorise la valorisation des compétences acquises, la prise de conscience des étudiants sur leur acquisition ainsi que la réflexion sur l’engagement étudiant et les compétences évaluées qui peuvent être très diverses. Mais beaucoup de choses restent encore en suspens : comment faire face à l’augmentation des demandes ? Faut-il accorder des ECTS bonus ou intégrer cet engagement dans la maquette au détriment d’autres activités pédagogiques ? Comment limiter le caractère chronophage de l’évaluation ? Comment donner confiance aux enseignants qui ne peuvent observer directement l’acquisition des compétences ?

Enfin, Xavier Dufresne, Directeur de la formation initiale à Arts et Métiers,  a présenté l’accompagnement professionnel des étudiants (APE) qui intervient pendant les trois années du cycle ingénieur. Mis en place sur l’ensemble des campus, il se déroule en trois temps : Découvrir en 1A, Approfondir en 2A, Professionnaliser en 3A. Il s’agit de donner du sens à la formation de l’élève-ingénieur en travaillant sur cinq capacités pour améliorer l’employabilité des élèves : savoir communiquer sur son identité professionnelle, travailler sur la connaissance de son environnement professionnel, développer son réseau professionnel, définir ses intérêts et préférences personnels et professionnels, travailler les compétences transverses.

Ces quatre présentations ont introduit des travaux en sous-groupe où l’exemple initial a été questionné de manière approfondie ou confronté aux pratiques d’autres écoles.

Les échanges portaient sur le dispositif optimal pour chaque type d’activité (combien d’élèves, quels intervenants, quel mode d’évaluation, quel positionnement dans la maquette pédagogique etc.). Comment faire prendre conscience aux élèves que les soft skills sont importantes et ne sont souvent pas innées mais doivent (et peuvent) s’acquérir ? Quels sont les outils, les modes d’intervention et les méthodes  les plus pertinents pour ce faire ? Comment concilier cet apprentissage avec les autres enseignements pour amener les étudiants à construire au mieux leur projet professionnel et à trouver leur place dans l’entreprise et plus largement dans la société.

Les discussions furent très riches et encore très ouvertes. Les questions ont trouvé des réponses, mais aussi ouvert d’autres débats. Autant de beaux sujets pour de futurs séminaires ou même des formations inter-écoles.

 

 

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